"A la recherche des juifs éparpillés dans le monde"
Il est difficile d'expliquer en mots ces racines car elles apparaîssent, non pas à travers un système théorique cartésien, mais plutôt à travers les manifestations d'une mémoire ou spiritualité collective transmise de génération en génération par un processus ésotérique (dans le sens le plus positif de ce terme), c'est-à-dire une suite de rituels quotidiens de la vie pastorale, auxquels participent les « initiés » (tout Tutsi adulte est supposé initié aux rituels pastoraux) et leurs descendants. Le rituel permet à ces derniers l'acquisition spontanée des connaissances à travers les cinq sens. Nil intellectu quid nun prius in sensu : la participation au rituel précède la compré-hension intellectuelle. La Loi des Anciens tutsi était donc contenue dans des « Codes ésotériques », qui, au vu de leur contenu, sont des « Codes hébraïques » prescrivant entre autres des règles strictes en matière alimentaire (la cacheroute tutsi) ainsi que divers autres commandements et interdictions divins (imiziro = mitsvot).
En comparant le judaïsme talmudique à leurs pratiques religieuses ancestrales, les Tutsi (ou une partie d'entre eux) se reconnaissent donc comme juifs à cause des nombreux points de convergence : un monothéisme strict très ancien (D. = I..mana = A donaï-ékhad) , la cache-route, les « imiziro/mitsvot », la vache rousse , etc. mais également l'attachement à la Tradition, le refus du baptême chrétien (les derniers grands rois et chefs tutsi comme Mwezi, Mutaga, Maconco, Rwabugiri et Musinga ont combattu l'évangélisation jusqu'à en mourir pour certains) et de l'assimilation, l'hostilité de l'Eglise catholique romaine ainsi que l'expérience du génocide et la vie quotidienne dans un environnement dominé par des populations ethniquement différentes et souvent hostiles. Le judaïsme des Tutsi est cependant prétalmudique, comme celui des Patriarches, des rois David et Salomon.
Les Tutsi font partie d'un ensemble de peuples appelés "hamites" par les mis-sionnaires chrétiens qui, confrontés à la résistance des Tutsi à la conversion au christianisme, voulaient, à tort, faire retomber sur ces descendants de Cham (mais pas seulement de Cham vu les mélanges avec les hébreux depuis l'époque de Moïse jusqu'au Roi Salomon et plus tard encore) la malédiction de Noé alors que ladite malédiction est adressée à un des fils de Cham, à savoir Canaan (petit-fils de Noé), et pas à Cham lui-même ou aux trois autres fils de ce dernier (Cusch- père de Saba et Havila- Mitsraïm et Puth ; Gn 10, 6-7): “Lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce que lui avait fait son fils le plus jeune. Et il dit: maudit soit Canaan!” (Gen 9, 24-25) .
Les tutsi préfèrent la qualification de "Cuschites" (Tutsi = Kushi) en référence à l'ancien empire de Kusch où régna la Reine de Saba et son fils Ménélik 1er ( = David II, dont le père aurait été le Roi Salomon d'Israël). La tradition éthiopienne (voir le Kebré Neguest, le livre sacré de la “Gloire des Rois” d'Ethiopie) veut que la Reine de Saba
( = la Reine Makéda en Ethiopie ) reçut de la part de Salomon un traitement spécial. Cela pourrait s'expliquer par le fait qu'elle représentait les ancêtres de la descendance de Moïse (Saba=grand-père), qui était marié à une éthiopienne, une union protégée par le Saint béni soit Il (lire NO 12, 1-15). Prenant comme référence le Roi Salomon, les tutsi se situent donc dans la tribu de Juda et adoptent, comme les empereurs d'Ethiopie, le Lion comme animal-symbole. On se souvient de Hailé Sélassié qui se nommait « Lion de Judée » et des cinq Rois Lion/NTARE (parmi les 17 rois au total) qu'a connus le Burundi depuis le 13ème siècle à peu près, lorsque les tutsi dits «Abanyaruguru/ben ruguru» (= les fils du Nord) descen-dirent de la Corne de l'Afrique pour se disperser "au-delà des rivières d'Ethiopie" (So, 3,10). Ainsi, la dynastie tutsi qui a été renversée en 1966 au Burundi a été fondéepar NTARE I RUSHATSI CAMBARANTAMA (= Roi Lion I « le Hirsute à la Tunique de bête ») vers 1270 de l'ère profane. NTARE aurait emmené avec lui la mémoire collective juive de l'époque du Roi Salomon. Beaucoup de noms de clans venus avec lui gardent toujours de nos jours des références à leur racine hébraïque « ben » (= fils de), comme par exemple les Ben-engwe, Ban-yakarama, Ban-yamurenge, Ban-yiginya, etc. L'influence de l'hébreu ne peut pas être confondue avec l'influence tardive de l'arabe, les arabes n'ayant jamais réussi à pénétrer dans les territoires contrôlés par les tutsi jusqu'au début de la colonisation européenne (1903). A l'époque des indépendances, la mémoire collective juive des Batutsi se concrétisa notamment par l'adoption de l'étoile de David sur le drapeau du Burundi.
Le terroir géographique des Tutsi est l'ensemble de toutes les régions qui entourent le Nil Blanc (Pischon ; Gen 2, 10) près de ses sources les plus méridionales-l'Eden primitive? Jadis, cette région constituait le prolongement naturel du Pays de Guihon (Nil bleu; Gen 2, 10-13) et formait avec ce dernier l'Abyssinie antique. Cette dernière aurait inspiré toutes les grandes civilisations antiques de l'Egypte au du Moyen-Orient. Bien avant la numérotation babylonienne sur base du chiffre 60 (tablettes de Nippur:-2200-1350), la numé-rotation égyptienne sur base de 10(papyrus Rhind : -1650), les kuschites connaissaient un système numérique sur base de 12 et des multiples de 4 (voir le bâton d'Ishango ; -20000 : les 4 noms de la dynastie, les 12 mois,ou plutôt, les 12 « lunes » de l'année, les 12heures de la journée, etc.) qui auraient été ensuite adopté par le peuple hébreu. Kusch, espace du premier homo sapiens est aussi celui du pays de NIMROD, comme il est écrit : « Cusch engendra aussi Nimrod ; c'est lui qui commença à être puissant sur la terre » (GEN10, 8-9). Et c'est auprès d'un cushiteque Moïse apprit l'art de gouverner la multitude (lire Ex 18, 13-26). L'on comprend maintenant pourquoi Salomon appela Makeda Reine de «Saba».
Mathias Niyonzima
Pour comprendre les origines du génocide suivre le lien suviant.
En comparant le judaïsme talmudique à leurs pratiques religieuses ancestrales, les Tutsi (ou une partie d'entre eux) se reconnaissent donc comme juifs à cause des nombreux points de convergence : un monothéisme strict très ancien (D. = I..mana = A donaï-ékhad) , la cache-route, les « imiziro/mitsvot », la vache rousse , etc. mais également l'attachement à la Tradition, le refus du baptême chrétien (les derniers grands rois et chefs tutsi comme Mwezi, Mutaga, Maconco, Rwabugiri et Musinga ont combattu l'évangélisation jusqu'à en mourir pour certains) et de l'assimilation, l'hostilité de l'Eglise catholique romaine ainsi que l'expérience du génocide et la vie quotidienne dans un environnement dominé par des populations ethniquement différentes et souvent hostiles. Le judaïsme des Tutsi est cependant prétalmudique, comme celui des Patriarches, des rois David et Salomon.
Les Tutsi font partie d'un ensemble de peuples appelés "hamites" par les mis-sionnaires chrétiens qui, confrontés à la résistance des Tutsi à la conversion au christianisme, voulaient, à tort, faire retomber sur ces descendants de Cham (mais pas seulement de Cham vu les mélanges avec les hébreux depuis l'époque de Moïse jusqu'au Roi Salomon et plus tard encore) la malédiction de Noé alors que ladite malédiction est adressée à un des fils de Cham, à savoir Canaan (petit-fils de Noé), et pas à Cham lui-même ou aux trois autres fils de ce dernier (Cusch- père de Saba et Havila- Mitsraïm et Puth ; Gn 10, 6-7): “Lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce que lui avait fait son fils le plus jeune. Et il dit: maudit soit Canaan!” (Gen 9, 24-25) .
Les tutsi préfèrent la qualification de "Cuschites" (Tutsi = Kushi) en référence à l'ancien empire de Kusch où régna la Reine de Saba et son fils Ménélik 1er ( = David II, dont le père aurait été le Roi Salomon d'Israël). La tradition éthiopienne (voir le Kebré Neguest, le livre sacré de la “Gloire des Rois” d'Ethiopie) veut que la Reine de Saba
( = la Reine Makéda en Ethiopie ) reçut de la part de Salomon un traitement spécial. Cela pourrait s'expliquer par le fait qu'elle représentait les ancêtres de la descendance de Moïse (Saba=grand-père), qui était marié à une éthiopienne, une union protégée par le Saint béni soit Il (lire NO 12, 1-15). Prenant comme référence le Roi Salomon, les tutsi se situent donc dans la tribu de Juda et adoptent, comme les empereurs d'Ethiopie, le Lion comme animal-symbole. On se souvient de Hailé Sélassié qui se nommait « Lion de Judée » et des cinq Rois Lion/NTARE (parmi les 17 rois au total) qu'a connus le Burundi depuis le 13ème siècle à peu près, lorsque les tutsi dits «Abanyaruguru/ben ruguru» (= les fils du Nord) descen-dirent de la Corne de l'Afrique pour se disperser "au-delà des rivières d'Ethiopie" (So, 3,10). Ainsi, la dynastie tutsi qui a été renversée en 1966 au Burundi a été fondéepar NTARE I RUSHATSI CAMBARANTAMA (= Roi Lion I « le Hirsute à la Tunique de bête ») vers 1270 de l'ère profane. NTARE aurait emmené avec lui la mémoire collective juive de l'époque du Roi Salomon. Beaucoup de noms de clans venus avec lui gardent toujours de nos jours des références à leur racine hébraïque « ben » (= fils de), comme par exemple les Ben-engwe, Ban-yakarama, Ban-yamurenge, Ban-yiginya, etc. L'influence de l'hébreu ne peut pas être confondue avec l'influence tardive de l'arabe, les arabes n'ayant jamais réussi à pénétrer dans les territoires contrôlés par les tutsi jusqu'au début de la colonisation européenne (1903). A l'époque des indépendances, la mémoire collective juive des Batutsi se concrétisa notamment par l'adoption de l'étoile de David sur le drapeau du Burundi.
Le terroir géographique des Tutsi est l'ensemble de toutes les régions qui entourent le Nil Blanc (Pischon ; Gen 2, 10) près de ses sources les plus méridionales-l'Eden primitive? Jadis, cette région constituait le prolongement naturel du Pays de Guihon (Nil bleu; Gen 2, 10-13) et formait avec ce dernier l'Abyssinie antique. Cette dernière aurait inspiré toutes les grandes civilisations antiques de l'Egypte au du Moyen-Orient. Bien avant la numérotation babylonienne sur base du chiffre 60 (tablettes de Nippur:-2200-1350), la numé-rotation égyptienne sur base de 10(papyrus Rhind : -1650), les kuschites connaissaient un système numérique sur base de 12 et des multiples de 4 (voir le bâton d'Ishango ; -20000 : les 4 noms de la dynastie, les 12 mois,ou plutôt, les 12 « lunes » de l'année, les 12heures de la journée, etc.) qui auraient été ensuite adopté par le peuple hébreu. Kusch, espace du premier homo sapiens est aussi celui du pays de NIMROD, comme il est écrit : « Cusch engendra aussi Nimrod ; c'est lui qui commença à être puissant sur la terre » (GEN10, 8-9). Et c'est auprès d'un cushiteque Moïse apprit l'art de gouverner la multitude (lire Ex 18, 13-26). L'on comprend maintenant pourquoi Salomon appela Makeda Reine de «Saba».
Mathias Niyonzima
Pour comprendre les origines du génocide suivre le lien suviant.
Hutu et Tutsi : 40 ans d'affrontements
Deux facteurs expliquent, en grande partie, les tensions qui perdurent depuis des décennies entre peuples hutu et tutsi implantés au Rwanda, au Burundi et au Kivu, province frontalière située dans l'est de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) : le problème ethnique et son instrumentalisation politique, les migrations de population liées à la croissance démographique et à la raréfaction des terres.
Hutu et Tutsi : le poids de la colonisation
A leur arrivée, les colons allemands et belges s'appuyèrent sur l'élite tutsi, en utilisant à leur profit leurs institutions traditionnelles locales pour imposer l'ordre colonial, en particulier celles établies au Rwanda sous le règne du mwami Rwabugiri (1860-1895). Ils érigèrent alors ce pays en modèle auquel le Burundi «considéré comme un Etat moins parfait ou dégradé, fut invité de gré ou de force à se plier» (J-P Chrétien).
«Ce fut le premier tournant capital dans l'histoire contemporaine du pays, l'élément sur lequel allait se construire, et éventuellement s'écrouler, tout l'édifice. Les colonisateurs avaient intérêt à reconnaître le roi et les pouvoirs des Tutsi qui l'entouraient, à leur donner des pouvoirs politiques et des tâches administratives importantes quoique toujours subalternes. Par ce système classique de gouvernement indirect, une poignée d'Européens ont pu contrôler le Rwanda à leur gré et en bénéficier au mieux de leurs intérêts impérialistes. Les Européens et l'aristocratie tutsi voulaient étendre leur contrôle sur les royaumes hutu du nord-ouest qui avaient résisté à cette destinée jusqu'alors et étendre leur domination aux régions périphériques en les soumettant au pouvoir central. En même temps, les colonisateurs n'ont pas hésité à apporter des changements à tous les aspects de la société qu'ils ne trouvaient pas à leur convenance. Pour cela, le roi devait devenir le vassal de ses maîtres coloniaux et l'influence des sous-chefs hutu se devait d'être réduite».
De plus, les colons adoptèrent la notion de "race supérieure" reconnue aux Tutsi à cette époque.
«Le colonisateur et l'élite locale avaient tous deux intérêt à adopter les pernicieuses notions racistes sur les Tutsi et les Hutu concoctées par les missionnaires, les explorateurs et les premiers anthropologues. Ces notions reposaient sur l'aspect physique de nombreux Tutsi, en général plus grands et plus minces que la majeure partie des Hutu; l'incrédulité des premiers Blancs européens arrivés au Rwanda a également joué un rôle, car ils s'étonnaient que des Africains aient pu créer eux-mêmes un royaume aussi sophistiqué. C'est ainsi qu'une théorie raciste et sans fondement connue sous le nom d'hypothèse hamitique fut répandue (.). Selon cette hypothèse, les Tutsi étaient issus d'une race caucasienne supérieure provenant de la vallée du Nil et avaient même probablement des origines chrétiennes. Avec la théorie évolutionniste battant son plein en Europe, les Tutsi pouvaient être considérés comme formant une classe supérieure plus proche, quoique pas trop, il va sans dire, de la race blanche. On les considérait comme plus intelligents, plus fiables, plus travailleurs, ressemblant davantage aux Blancs que la majorité Hutu Bantou.
Les Belges ont tellement apprécié cet ordre naturel des choses qu'une série de mesures administratives, prises entre 1926 et 1932, institutionnalisa le clivage entre les deux races (la race étant le concept explicite utilisé à l'époque, antérieurement à l'introduction de la notion plus douce d'ethnie), le tout culminant dans la délivrance à chaque Rwandais d'une carte d'identité indiquant qu'il était Hutu ou Tutsi».
Source : Rapport de l'OUA, Rwanda : Le génocide qu'on aurait pu stopper, 2000
Les frustrations sociales et politiques se cristallisèrent alors à partir de l'exclusion des Hutu -de l'école, de l'administration, des séminaires ouverts par les missionnaires-, et de l'affirmation d'une différenciation ethnique entre Hutu et Tutsi, inculquée et transmise de génération en génération, ainsi que de l'instrumentalisation politique de "l'ethnicisme".
Autant de ferments de massacres qui ensanglantent depuis 40 ans les relations entre Hutu et Tutsi dans l'Afrique des Grands Lacs.
Hutu et Tutsi : le "piège démographique"
Au même titre que le facteur "ethnique", le facteur démographique tient une place primordiale dans l'émergence des tensions entre les deux communautés hutu et tutsi.
Selon Roland Pourtier, géographe : «La région des Grands Lacs se distingue (.) par ses fortes densités de population, source d'une pression foncière d'une intensité rare en Afrique. Avec des densités de l'ordre de 225 à 230 hab/km2, le Burundi et le Rwanda (.) sont les Etats les plus densément peuplés du continent.
Ce foyer exceptionnel de peuplement est redevable aux qualités du milieu -climat d'altitude, sols volcaniques- autorisant l'extension parallèle de l'élevage et de l'agriculture. (.) Une croissance démographique très forte a rompu jadis les équilibres anciens, conduisant à une saturation des terroirs, d'autant que les villes, très peu attractives, n'ont jamais offert un exutoire au trop-plein des campagnes. Cet exutoire, ce sont les montagnes du Kivu [au Zaïre], prolongement occidental de celles du Rwanda et du Burundi, qui l'offrirent.»
En effet, avant l'arrivée des colons, des populations agropastorales d'origine rwandaise, hutu et tutsi, s'installent peu à peu au nord et au sud de la province du Kivu, moins peuplé.
Le "piège démographique" se resserre lorsque les colons belges pratiquent, de 1920 à 1940, l' immigration forcée d'une main d'oeuvre rwandaise agricole vers le Kivu, qui se surajoute aux populations rwandophones déjà installées. Ces "transplantés" sont appelés Banyarwanda (hutu et tutsi). Parmi eux, on distingue les Banyamulenge, "groupe homogène d'éleveurs tutsi" fixé dans la région de Mulenge, au sud d'Uvira. Ils cohabitent avec les autochtones zaïrois.
Le "piège démographique" se referme ensuite avec les premières vagues de véritables réfugiés tutsi fuyant la "révolution sociale" de 1959 au Rwanda lorsque les Hutu chassèrent les Tutsi du pouvoir.
En conséquence, l'apport massif de population tutsi d'origine rwandaise au Kivu engendre progressivement des tensions entre autochtones et Banyarwanda d'une part, et Banyarwanda (hutu et tutsi) entre eux d'autre part.
Au fil des années, la conjonction de tensions ethniques et démographiques, de conflits fonciers, génère périodiquement des flambées de violences meurtrières entre Hutu et Tutsi depuis 40 ans. Pour atteindre, en 1994, l'effroyable apogée du génocide rwandais.
D'après Pourtier Roland, La Guerre des Grands Lacs, Cahiers français n° 290, mars-avril 1999, La Documentation française
Pour en savoir plus :
> Lemarchand René, Aux sources de la crise des Grands Lacs, conférence donnée le 5 août 2000 à Montréal
> Pourtier Roland, La guerre au Kivu, un conflit multidimensionnel, Afrique contemporaine, numéro spécial, 4ème trimestre 1996, La Documentation française
Deux facteurs expliquent, en grande partie, les tensions qui perdurent depuis des décennies entre peuples hutu et tutsi implantés au Rwanda, au Burundi et au Kivu, province frontalière située dans l'est de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) : le problème ethnique et son instrumentalisation politique, les migrations de population liées à la croissance démographique et à la raréfaction des terres.
Hutu et Tutsi : le poids de la colonisation
A leur arrivée, les colons allemands et belges s'appuyèrent sur l'élite tutsi, en utilisant à leur profit leurs institutions traditionnelles locales pour imposer l'ordre colonial, en particulier celles établies au Rwanda sous le règne du mwami Rwabugiri (1860-1895). Ils érigèrent alors ce pays en modèle auquel le Burundi «considéré comme un Etat moins parfait ou dégradé, fut invité de gré ou de force à se plier» (J-P Chrétien).
«Ce fut le premier tournant capital dans l'histoire contemporaine du pays, l'élément sur lequel allait se construire, et éventuellement s'écrouler, tout l'édifice. Les colonisateurs avaient intérêt à reconnaître le roi et les pouvoirs des Tutsi qui l'entouraient, à leur donner des pouvoirs politiques et des tâches administratives importantes quoique toujours subalternes. Par ce système classique de gouvernement indirect, une poignée d'Européens ont pu contrôler le Rwanda à leur gré et en bénéficier au mieux de leurs intérêts impérialistes. Les Européens et l'aristocratie tutsi voulaient étendre leur contrôle sur les royaumes hutu du nord-ouest qui avaient résisté à cette destinée jusqu'alors et étendre leur domination aux régions périphériques en les soumettant au pouvoir central. En même temps, les colonisateurs n'ont pas hésité à apporter des changements à tous les aspects de la société qu'ils ne trouvaient pas à leur convenance. Pour cela, le roi devait devenir le vassal de ses maîtres coloniaux et l'influence des sous-chefs hutu se devait d'être réduite».
De plus, les colons adoptèrent la notion de "race supérieure" reconnue aux Tutsi à cette époque.
«Le colonisateur et l'élite locale avaient tous deux intérêt à adopter les pernicieuses notions racistes sur les Tutsi et les Hutu concoctées par les missionnaires, les explorateurs et les premiers anthropologues. Ces notions reposaient sur l'aspect physique de nombreux Tutsi, en général plus grands et plus minces que la majeure partie des Hutu; l'incrédulité des premiers Blancs européens arrivés au Rwanda a également joué un rôle, car ils s'étonnaient que des Africains aient pu créer eux-mêmes un royaume aussi sophistiqué. C'est ainsi qu'une théorie raciste et sans fondement connue sous le nom d'hypothèse hamitique fut répandue (.). Selon cette hypothèse, les Tutsi étaient issus d'une race caucasienne supérieure provenant de la vallée du Nil et avaient même probablement des origines chrétiennes. Avec la théorie évolutionniste battant son plein en Europe, les Tutsi pouvaient être considérés comme formant une classe supérieure plus proche, quoique pas trop, il va sans dire, de la race blanche. On les considérait comme plus intelligents, plus fiables, plus travailleurs, ressemblant davantage aux Blancs que la majorité Hutu Bantou.
Les Belges ont tellement apprécié cet ordre naturel des choses qu'une série de mesures administratives, prises entre 1926 et 1932, institutionnalisa le clivage entre les deux races (la race étant le concept explicite utilisé à l'époque, antérieurement à l'introduction de la notion plus douce d'ethnie), le tout culminant dans la délivrance à chaque Rwandais d'une carte d'identité indiquant qu'il était Hutu ou Tutsi».
Source : Rapport de l'OUA, Rwanda : Le génocide qu'on aurait pu stopper, 2000
Les frustrations sociales et politiques se cristallisèrent alors à partir de l'exclusion des Hutu -de l'école, de l'administration, des séminaires ouverts par les missionnaires-, et de l'affirmation d'une différenciation ethnique entre Hutu et Tutsi, inculquée et transmise de génération en génération, ainsi que de l'instrumentalisation politique de "l'ethnicisme".
Autant de ferments de massacres qui ensanglantent depuis 40 ans les relations entre Hutu et Tutsi dans l'Afrique des Grands Lacs.
Hutu et Tutsi : le "piège démographique"
Au même titre que le facteur "ethnique", le facteur démographique tient une place primordiale dans l'émergence des tensions entre les deux communautés hutu et tutsi.
Selon Roland Pourtier, géographe : «La région des Grands Lacs se distingue (.) par ses fortes densités de population, source d'une pression foncière d'une intensité rare en Afrique. Avec des densités de l'ordre de 225 à 230 hab/km2, le Burundi et le Rwanda (.) sont les Etats les plus densément peuplés du continent.
Ce foyer exceptionnel de peuplement est redevable aux qualités du milieu -climat d'altitude, sols volcaniques- autorisant l'extension parallèle de l'élevage et de l'agriculture. (.) Une croissance démographique très forte a rompu jadis les équilibres anciens, conduisant à une saturation des terroirs, d'autant que les villes, très peu attractives, n'ont jamais offert un exutoire au trop-plein des campagnes. Cet exutoire, ce sont les montagnes du Kivu [au Zaïre], prolongement occidental de celles du Rwanda et du Burundi, qui l'offrirent.»
En effet, avant l'arrivée des colons, des populations agropastorales d'origine rwandaise, hutu et tutsi, s'installent peu à peu au nord et au sud de la province du Kivu, moins peuplé.
Le "piège démographique" se resserre lorsque les colons belges pratiquent, de 1920 à 1940, l' immigration forcée d'une main d'oeuvre rwandaise agricole vers le Kivu, qui se surajoute aux populations rwandophones déjà installées. Ces "transplantés" sont appelés Banyarwanda (hutu et tutsi). Parmi eux, on distingue les Banyamulenge, "groupe homogène d'éleveurs tutsi" fixé dans la région de Mulenge, au sud d'Uvira. Ils cohabitent avec les autochtones zaïrois.
Le "piège démographique" se referme ensuite avec les premières vagues de véritables réfugiés tutsi fuyant la "révolution sociale" de 1959 au Rwanda lorsque les Hutu chassèrent les Tutsi du pouvoir.
En conséquence, l'apport massif de population tutsi d'origine rwandaise au Kivu engendre progressivement des tensions entre autochtones et Banyarwanda d'une part, et Banyarwanda (hutu et tutsi) entre eux d'autre part.
Au fil des années, la conjonction de tensions ethniques et démographiques, de conflits fonciers, génère périodiquement des flambées de violences meurtrières entre Hutu et Tutsi depuis 40 ans. Pour atteindre, en 1994, l'effroyable apogée du génocide rwandais.
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